Giorné Viard (d'après),

Ovale émaillé figurant Antoine de Lorraine (1489-1544)

Limoges (?), vers 1850.

Plaque émaillée en grisaille, avec rehauts d’or, dans le style des émaux de Limoges de la Renaissance, représentant la statue équestre d’Antoine, duc de Lorraine et de Bar, dont les armes et la devise figurent sur la housse du cheval. La statue, qui orne la façade l’actuel Musée lorrain à Nancy, a été refaite par Giorné Viard d’après le modèle original.

Email sur cuivre ; 11,5 x 13,5 cm.

(Etat d’usure. Trois éclats en bordure.)

Devise sur la housse du cheval : J'ESPERE AVOIR.

« Nous avons tous admiré l’œuvre de Viard ; et nous surtout, Lorrains, nous avons été fiers et heureux de penser que la statue d’un héros de notre pays est due au ciseau d’un compatriote […], un sculpteur plein de talent, qui inaugure si heureusement sa carrière par une œuvre de mérite et par un acte de reconnaissance » (Lallement 1850, cit. p. 260). C’est ainsi que s’exprimait Louis Lallement lors de l’inauguration de la statue équestre d’Antoine de Lorraine sculptée par Giorné Viard et destinée à remplacer celle de Mansuy Gauvain (1512, détruite en 1792). Il ne s’agissait encore que du modèle en plâtre mais la société archéologique avait saisi l’occasion de la tenue du congrès scientifique de France à Nancy pour lancer d’une part un appel à soutenir un jeune artiste talentueux ; d’autre part une souscription pour la réhabilitation du palais ducal en musée.

Giorné Viard (Saint-Clément, 1823-Nancy, 1885), fils d’un faïencier de Lunéville, fut très tôt remarqué pour ses talents de modeleur-sculpteur. Pensionnaire de la ville de Nancy et du département de la Meurthe et protégé d’Alexandre-Esprit Gény, membre de l’Académie de Stanislas, il prit part au chantier de restauration de la porterie du futur musée lorrain. Il resta fidèle au modèle gravé de la statue équestre – reproduit dans la Pompe funèbre de Charles III (mort en 1608) de Claude de La Ruelle – en décorant la housse du cheval aux armes de Lorraine et de Bar, avec la dextrochère et, en bordure, la devise « j’espere avoir » ; il donna en revanche davantage de mouvement au groupe et réinterpréta le costume du duc Antoine dans le goût du XIXe (jupe virevoltante, large emmanchure).

Ce bel émail de Limoges, peint en grisaille et rehaussé d’or dans le goût du xvie siècle, commémore la restauration de la porterie de l’ancien palais ducal qui devait accueillir le Musée lorrain. La statue équestre d’Antoine, duc de Lorraine et de Bar, sculptée par Giorné Viard et inaugurée en 1850, y fut définitivement installée en 1851.

Indications bibliographiques

Catalogue des peintures, miniatures, aquarelles, dessins, sculptures et lithographies exposés à Nancy... par les artistes lorrains, années 1843, 1845, 1849 et 1893.

La Ruelle Claude de, Dix grandes tables, contenantes les pourtraictz des cérémonies, honneurs et pompes funèbres, faitz au corps de feu Serenissime Prince Charles 3 du nom, par la grâce de Dieu 63e Duc de Lorraine…, Nancy : B. André, s.d. [après 1608].

Lallement Louis, « Rapport sur l’inauguration de la statue du duc Antoine », Congrès scientifique de France. XVIIe session tenue à Nancy, septembre 1850, p. 259sq.

Lepage Henri, « Le palais ducal de Nancy », Bulletin de la Société d’archéologie lorraine et du Musée lorrain, 1852, t. III/1, p. 5-192.

Crédits photographiques

"Statue de Mansuy Gauvain", gravure, reproduite dans Claude de La Ruelle, Dix grandes tables, contenantes les pourtraictz des cérémonies, honneurs et pompes funèbres, faitz au corps de feu Serenissime Prince Charles 3 du nom, par la grâce de Dieu 63e Duc de Lorraine…, Nancy : B. André, s.d. [après 1608]. ©INHA.

 

Chandelier composite de style Mosan

Manufacture française, seconde moitié du XIXe siècle.

Luminaire portatif tripode en cuivre doré, ciselé et martelé, reproduisant deux monuments de l’Œuvre de la Meuse du début du XIIe siècle qui sont le pied de croix de Berlin et le chandelier de Neef conservé à Trèves ; h. 26 cm.

(Quelques cassures dans les rinceaux ajourés de la base.)

Ce chandelier tripode se compose de deux éléments distincts, mesurant chacun 13 cm de haut environ et maintenus ensemble par le pique-cierge. La partie inférieure comprend la base et le nœud qui sont décorés de rinceaux ajourés, peuplés d’un riche bestiaire fantastique. Trois figures angéliques, auréolées mais dépourvues d’ailes, ornent les trois pieds en patte de lion. La partie inférieure reproduit un pied de croix conservé au musée des Arts décoratifs de Berlin dont les archanges Gabriel, Michel et Raphaël ont perdu leurs ailes (fig. 1). L’original, daté du deuxième quart du xiie siècle, est issu des ateliers d’Hildesheim. La copie fait l’économie de l’inscription gravée à la base du nœud.

La partie supérieure est en cuivre martelé et doré. Trois dragons soutiennent la vasque ornée d’un filet de granulations. Elle s’inspire des productions rhéno-mosanes du milieu du xiie siècle, du type du chandelier de l’abbaye de Neef rentré dans le trésor de la cathédrale de Trèves en 1852 (fig. 2).

Ce chandelier composite, dont on ne connaît que deux témoins (soit une paire), illustre le renouveau du goût européen pour « l’Œuvre de la Meuse » au xixe siècle. Son jumeau est conservé avec leur prestigieux modèle, le chandelier de Neef, dans le trésor de la cathédrale de Trèves tandis que cet exemplaire proviendrait d’une collection privée à Cologne. On peut les rapprocher de modèles publiés par Didron l’Aîné ou de pièces d’orfèvrerie fabriquées par la manufacture Poussielgue à partir de moulage d’objets anciens.

Indications bibliographiques

Didron Adolphe-Napoléon, dit Didron aîné, Manuel des œuvres de bronze et d'orfèvrerie du Moyen Âge, Paris, 1859.

Falke Otto von & Meyer Erich, Romanische Leuchter und Gefässe, Giessgefässe der Gotik, Berlin, 1935.

Poussielgue-Rusand P., Manufacture d’orfèvrerie, de bronzes et de chasublerie, Paris, 1893.

Reinecke vam Dressche (à la manière de),

Paire de bustes représentant une femme et un évêque, en ivoire, argent et pierres semi-précieuses.

Allemagne, xixe siècle.

Deux pièces en ivoire et argent, pierres semi-précieuses serties à la base (lapis-lazuli, nacre, grenat et jade).

Buste de femme : 13 x 8,2 cm - 390 g (poids brut).

Buste d'évêque : 12 x 8,2 cm - 205,6 g (poids brut).

(Légères fentes.)

Marques externes : « Reinecke vam Dressche golthmed // Mindens[is] » inscrit dans un phylactère, avec un écu armorié.

La paire de bustes représentant une femme et un évêque, portant sur une base octogonale ornée d’un rang de pierres serties et d’une double frise végétale, reposant sur quatre pieds en forme de chien, mise en vente le 15 décembre dernier sous le marteau de Maître Hubert Deloute à Amiens, offre un bel exemple d'objets de collection de style médiéval. Ce sont les rares témoins d’une série de pièces en argent et ivoire produites en Allemagne au XIXe siècle, sur le modèle des bustes-reliquaires de la fin du Moyen Âge. L'ensemble porte la signature, évidemment apocryphe, du fameux orfèvre allemand Reinecke vam Dressche (a. 1456-1493).

Étude technique et matérielle

La monture en argent ciselé abrite la tête sculptée en ivoire d’une femme pour l’un, d’un évêque pour l’autre.

La base creuse est sertie de quelques pierres de lapis-lazuli, de grenat, de jade et de nacre. Elle porte sur le fond la signature de l’orfèvre Reinecke vam Dressche.

Étude héraldique

Le nom de l’orfèvre et sa qualité sont inscrits dans deux phylactères « Reinecke vam Dressche golthmed // Mindens[is] », c’est-à-dire « Reinecke vam Dressche, orfèvre de Minden », entre lesquels figure un écu armorié. Les armes sont celles que s’était choisi l’orfèvre après 1456, telles qu’elles apparaissent sur son second sceau (reprod. par Schroeder).

 

Reinecke vam Dressche a laissé son nom dans les archives de la ville de Minden mais aussi au revers du fermail commandé par le chanoine Albert von Leteln et daté 1484 (Berlin, Kunstgewerbemuseum). Sa marque sera reprise à la fin du XIXe siècle pour des pièces d’argenterie d’inspiration néogothique, dans le goût des bustes-reliquaires de la fin du Moyen Âge.


Étude iconographique et stylistique

Les sujets ne sont pas identifiables. La femme, richement parée d’une coiffe ornée de pierreries et d’une robe de brocart, correspond à l’image d’un idéal aristocratique féminin largement diffusé dans les peintures et les enluminures du nord de l’Europe tout au long du XVe siècle. Quant à l’évêque, dont le buste est cerné à la base d’un bandeau ornemental, il pourrait avoir été créé à partir du modèle d’un buste-reliquaire effectivement réalisé par l’orfèvre Reinecke vam Dressche ou l’un de ses contemporains. Sa chape montre des motifs de rinceaux stylisés, à la manière des mauresques qui entrèrent progressivement dans le répertoire ornemental européen entre 1460 et 1540.

Indications bibliographiques

Schroeder Johann Karl von, « Reineke vam Dressche, der Meister der Mindener Chormantelschliesse von 1484 », Berliner Museen, 1970, p. 23-27.

Salomon "maçonnique"

Deuxième tiers du XIXe siècle.

Sculpture, dos et socle cimentés.

Pierre polychrome ; h. 65,5 x 51 x 21 cm.

(Traces d'usure. Quelques éclats, manque le nez et les mains)

Rare figure de Salomon qui porte en sautoir un bijou formé d’un compas et d’une équerre. Roi bâtisseur, Salomon est une figure tutélaire des francs-maçons qui ont bâti leurs temples sur le modèle de celui qu’il avait fait bâtir à Jérusalem (Rois I, 5-6). La sculpture trouve ses sources dans des modèles issus de la tradition médiévale et classique, en faveur au XIXe siècle (Valentin de Boulogne, Nicolas Poussin, cathédrale de Strasbourg...) ; elle témoigne notamment du regain d’intérêt pour la sculpture polychrome en France à partir des années 1830.

Roi biblique, Salomon incarne traditionnellement des idéaux de justice et de paix mais les francs-maçons, membres du Parti républicain, lui ont préféré dès les années 1880 la figure de Marianne qu’ils ont souvent dotée de symboles maçonniques. Comme les Marianne « maçonniques », ce Salomon « maçonnique » a pu être commandé pour trôner dans un temple.

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