Grand coffre en chêne sculpté, à décor d'emblèmes Seconde Renaissance

France (Auvergne ?), fin du XVIe ou début du XVIIe siècle.

Grand coffre formé de quatre panneaux, dont trois sculptés, assemblés et chevillés aux montants verticaux ; piètement ceint d’une corniche moulurée et ornée d’une frise de palmettes à entrelacs ; couvercle à trois ferrures d’origine ; poignées latérales en fer.

Dimensions : h. 71 x L. 107 x l. 64 cm.

(Bon état de conservation, très peu de restaurations : fente consolidée au dos ; morceau de corniche refait au niveau du pied arrière gauche.)

Emblèmes: à dextre: un dauphin enserrant une ancre ; à senestre: deux pignates, ou pots-à-feu, recevant la pluie qui tombe à cinq gouttes d'une nuée nébuleuse.

Provenance: bonne maison en Auvergne (Cantal).

 

Le décor de ce coffre, orné en façade de deux curieux emblèmes, offre un remarquable jeu de reliefs. Entre les montants ornés de piliers gravés de pennes incurvés, les panneaux latéraux sont sculptés en bas-relief d’entrelacs géométriques et de chimères.

La façade du coffre est structurée en tau autour de deux cartouches à enroulements abritant chacun un emblème. Séparés par un trumeau à composition de cuirs découpés ornée d’un miroir et surmontés d’une frise timbrée au centre d’une tête d’homme coiffé d’un bandeau à plumes, les deux emblèmes se présentent ainsi :

1) à gauche : un dauphin enserrant une ancre. Cet emblème, figurant déjà à l’avers des monnaies antiques, connut un nouvel essor après sa publication dans le Songe de Polyphile (1499). Les imprimeurs italiens ALDO (ou ALDUS) en firent leur marque. Il est généralement accompagné de la devise « SEMPER FESTINA LENTE » mais, ici, le dauphin est dressé sur sa queue, la tête en haut. Ce dauphin enroulé autour d’une ancre marine pourrait évoquer les Dauphins d'Auvergne.

2) à droite : deux pignates, ou pots-à-feu, recevant la pluie qui tombe à cinq gouttes d'une nuée nébuleuse. Comme pour le premier, ce second emblème serait inspiré d’un précédent fameux, celui de la reine Catherine de Médicis (morte en 1589). Catherine de Médicis portait pour emblème un feu (ou un monceau de pierres calcinées) arrosé par une pluie de larmes, associé à la devise « ARDOREM EXTINCTA TESTANTUR VIVERE FLAMMA ». Sur le coffre, deux pignates allumées ont remplacé le feu. Elles pourraient faire écho aux armes de son primo-destinataire.

 

Ce décor typique de la Seconde Renaissance fait appel à l'emblématique, qui a connu un grand succès aux XVIe et au XVIIe siècles. Les entrelacs à motifs de fleurs, de coquillages et de masque exotique qui couronnent le panneau de façade, les cartouches à motifs de cuirs enroulés et de volutes feuillagées qui encadrent les emblèmes ou les chimères des panneaux latéraux restent tributaires de l’art bellifontain ; ils plaident en faveur d’une datation dans les années 1580-1590. La maîtrise des volumes dans la taille du chêne laisse penser que ce coffre n’a peut-être jamais quitté l’Auvergne.

_DSC7282.jpg
_DSC7281.jpg